Thème 4 – Indicatif wwoof – Une aventure ordinaire

Extrait Des vies autour du monde 1.Une aventure ordinaire

Contexte : que se passe t-il lorsque l’on recherche une ferme wwoof, pour les fêtes de fin d’année, à seulement une semaine de noël ?

Indicatif wwoof

Nos désirs sont entravés par l’inflexible réalité ; avant de pouvoir profiter un peu du présent, nous devons nous occuper de l’avenir. Le compte à rebours est lancé, nous faisons face à l’impérieuse nécessité de trouver une ferme pour nous ouvrir ses portes ; dans cinq jours, nous serons à la rue.

Nous nous munissons de notre liste papier des wwoofs, imprimée avant notre départ.

Liste des fermes wwoof – Récit de voyage – Une aventure ordinaire

Nous opérons une sélection sur des critères vaguement objectifs, prenant soin d’écarter les plus grosses fermes, qui n’en sont pas ; leur taille, parfois démesurée, les classe dans la catégorie d’exploitations agricoles.
Les descriptions en anglais sont souvent fastidieuses, sans réel apport pour la prise de décision.
Nous dégageons toutefois une dizaine de lieux de l’inextricable listing. Nous les ordonnons par ordre de préférence, nous préparant à d’éventuels multiples appels afin de pouvoir les enchaîner.

Nous espérons que la période des fêtes ne sera pas un frein à notre réussite. Nous commençons à nous demander si nous ne nous y sommes pas pris trop tardivement ; les courriels envoyés sont restés lettre morte, le seul appel téléphonique passé, un refus.

Nous sortons munis de notre collection de fermes, partant en repérage d’une cabine se trouvant en bord de mer ; l’endroit nous apparaissant plus agréable, moins oppressant pour un appel, que le long d’une artère bruyante.

Pour ne pas risquer d’importuner nos hôtes potentiels pendant leurs heures de repos, nous décidons de laisser passer le moment du repas et de la sieste.

Dans l’entre-temps, nous nous délectons finalement du moment présent. Nous flânons, nous baladant au hasard des rues, longeant la croisette, découvrant les grands hôtels la bordant. Nous passons devant le palais des festivals, nous arrêtant un instant devant ses célèbres marches où seuls des inconnus posent les pieds en cette période.

Nous prolongeons notre promenade jusqu’au port de plaisance. Nous jetons des regards attentifs sur les premiers voiliers avant que l’œil ne se lasse de leur apparence moderne. Quelques spécimens arrivent toutefois à exciter notre imagination : des voiliers aux ponts de teck lustrés, aux cordages rangés minutieusement, des bateaux d’où rien ne dépasse, où tout se trouve à sa place. Les embarcations en manqueraient presque de vie si notre fantaisie ne les faisait voguer dans des mers lointaines. Nous nous laissons transporter, rêvant de nous trouver à leur barre ; pourquoi pas, dans quelques mois, de revêtir les habits de capitaine.

Nous revenons sur la terre ferme pour nous tourner vers le futur proche.
Il est temps de solliciter l’hospitalité des agriculteurs italiens.

Avec Claudia, nous avons en commun – parmi de nombreuses autres choses –, de ne pas aimer téléphoner. Notre détestation prononcée de l’acte nous fait avancer à reculons. Pour partager notre peine, nous mettons en place des tours d’appels ; Claudia commence. Elle se jette à l’eau, espérant réussir à comprendre facilement ses interlocuteurs.

Appel ferme wwoof – Récit de voyage – Une aventure ordinaire

Le numéro est composé, nous patientons. Nous nous voyons déjà dans cette première ferme, celle se trouvant en haut de notre liste, notre préférée. Le téléphone sonne, personne ne répond ; notre enthousiasme retombe d’un cran. Nous nous rabattons sur notre second choix. Nous nous consolons en fixant notre attention sur les promesses de la description. Le tour me revient. Le résultat est désespérément identique, aucune âme pour décrocher à quelques centaines de kilomètres de là.
Le manège continue, descendant dans notre liste, passant des séduisants morceaux de premiers choix aux seconds, moins attirants. Une voix me répond, enfin. Notre première chance. La tension monte, nous sommes avides de connaître la réponse. Malheureusement, le couperet tombe, sans compassion : notre aide n’est pas utile en cette période.

Nous recommençons tels des robots, alternant les tours de prise de parole. Nous descendons ainsi, dans les abîmes vertigineux de notre liste, pendant soixante longues vaines et désespérantes minutes.

Peu d’appels connectés, beaucoup d’essais aux abonnés absents pour la journée ; le temps moyen de chaque tentative n’est pas un modèle de productivité. Notre acharnement nourrit tout de même nos espérances avec quelques bonnes âmes finissant par décrocher le combiné, au-delà de la frontière. Deux rejets catégoriques pour la période hivernale, accompagnés d’un refus se faisant ennuyé ; les places disponibles étant déjà pourvues. La sélection est acharnée ; nous pourrons retenter ultérieurement notre chance avec deux des fermes nous ayant répondu en italien. De ce que nous avons compris, en rappelant à un autre moment, nous devrions pouvoir converser avec une personne parlant français ou anglais.

Le soir venu, contant nos malheurs à Franck, nous découvrons que celui-ci possède un abonnement téléphonique permettant des appels gratuits en direction de certains pays. Après vérification, la zone couverte inclut l’Italie. Nous remettons le couvert, pressés d’en finir, sous les yeux intéressés de notre hôte ravi de vivre l’expérience en direct.

Claudia active le haut-parleur et compose le numéro de la chance, une personne lui répond. Le dialogue tourne rapidement court, ne trouvant pas de langue commune pour converser. Dans sa tentative de communication, elle lance le mot magique : « wwoof », déclenchant une réponse automatique, relâchée dans une expiration de soulagement : « Please wait ! », suivie d’un grand silence. Le combiné a été reposé, en attendant l’arrivée d’une tierce personne. La réponse se fait attendre, nous restons dans l’expectative. Nos lueurs d’espoir s’éteignent soufflées à l’annonce de ce qui devient une ritournelle : « pas bon, pas en cette période ».

Notre optimisme s’efface, englouti dans la pénombre des espoirs déçus. Notre avenir s’assombrit. Notre présélection de fermes est écumée, nous avançons maintenant sans filet. Nous revoyons nos critères de sélection à la baisse, nous faisant plus indulgents. Nous parcourons rapidement notre liste, composant avec la première description acceptable. Nous nous faisons éconduire une fois de plus.

Nous insistons ; à nouvelle tentative, nouvel échec. Les refus purs et simples se présentent tour à tour, alternant avec les invitations à rappeler trois semaines plus tard : après les fêtes – et quand leurs effets seront dissipés. Nos essais ne sont pas couronnés de succès ; toutefois, nous ne nourrissons plus notre espérance inutilement avec des rêves stériles, comptant inutilement sur des fermes indisponibles.

Afin de nous coucher le sens du devoir accompli, nous profitons de l’ordinateur de Franck et envoyons des courriels à répétition aux fermes restées injoignables. Nous plantons les graines d’éventuels consentements futurs, dans un terreau aux riches perspectives.

Retour à la page du livre

Couverture Des vies autour du monde 1, une aventure ordinaire

Des vies autour du monde 1

Une aventure ordinaire

papier : 15,99 €ebook : 5,99 €